Mon amour pour le vjing :: publication 15.08.09
Liberty
Par Martine Koutnouyan aka vj Liberty
En septembre 2001, les musiciens Sandro Forte et James Duhamel qui formaient à l’époque le groupe Wetfish se préparent à performer à la Société des arts technologiques (SAT). Ils proposent à Joseph Lefèvre, artiste multimedia de s’occuper de l’aspect visuel de la performance. La thématique musicale tournait autour des films : Aguirre ou la colère de Dieu et l’exorciste. Étant depuis deux ans impliquée avec Joseph Lefèvre dans la création d’oeuvres multimédia, j’ai profité de cette nouvelle occasion pour m’initier aux outils et aux techniques de montage vidéo. Le véritable premier écueil auquel j’ai été confronté, une fois intégré l’apprentissage des logiciels de montage fut la question des droits d’auteurs ou de reproduction des images de films ou de vidéo existant. Il était très difficile de se faire une idée alors, à travers le vide juridique régnant sur internet de ce qu’il était possible de copier comme des sources vidéo ou des images. On pouvait lire tout et son contraire sur ce qu’il était permis de faire ou pas. L’avertissement bien sonné sur les vidéos VHS louées ne laissait aucun doute quant à l’interdiction formelle d’en copier une partie ou l’ intégralité.
J’avais pourtant absolument besoin de certaines séquences les plus cinématographiques, les plus fortes, les plus évocatrices des films cités plus haut pour pouvoir en faire des boucles, les triturer et les projeter le soir de la performance. Le sentiment d’enfreindre les lois était très fort mais j’avais toujours en tête la série des Ménines de Picasso, ces réinterprétations magistrales du célèbre tableau de Vélasquez. Il m’apparaissait tout à fait évident que Picasso n’ait jamais eu à obtenir d’autorisation que ce soit du musée du Prado où le tableau est exposé, d’une revue, d’un livre ou d’un magazine où il aurait été reproduit ou d’un quelconque descendant ou ayant droit du célèbre peintre pour peindre comme il l’a fait 58 toiles sur le thème des Ménines.
Donc forte de cet exemple et suite à une visite sur un site internet dont je n’ai malheureusement plus le lien mais qui faisait état de la liberté des créateurs à se servir d’oeuvres existantes afin de les remixer, j’ai finalement opté pour la philosophie du No copyright ( voir ci-dessous un lien apparenté)
....L’objet déproprié, en fait, n’est pas soustrait à son ancien propriétaire, mais simplement multiplié pour servir à tous…
Depuis, je ne me suis jamais vraiment inquiétée de ma légitimité à me servir de scènes, séquences ou plans de films qui m’intéressent et me servent lors de projections visuelles dans le cadre de performances artistiques en autant que je les ai prélablement revisités.
Mais revenons en 2001 et à cette fameuse soirée à la SAT. Joseph et moi avons préparé maints petits clips autant à partir d’images fixes comme la jeune fille de l’exorciste en lévitation ou Klaus Kinski en illuminé magnifique que d’images en mouvement extraites des films. Ces clips sont édités et animés dans Apple Final Cut Pro et exportés en .mov dans QuickTime.
On prévoit les jouer à partir de nos ordinateurs directement de notre “timeline” dans Final Cut. Mais une surprise nous attend. Il y a sur place à la SAT, une “grosse machine” sur laquelle on plogue nos ordi, qui prend notre signal vidéo et qui le transfère aux projecteurs. C’est un mixeur vidéo. Celui-ci nous avait été prêté par Radio-Canada si ma mémoire est bonne et il y avait tellement de boutons, de switch, de trucs et de bidules qui clignotaient que j’avais l’impression d’être devant le tableau de bord d’un avion de ligne.
Un technicien nous en montre les arcanes de base: emplacement des sources, passer de la source A à la source B (ordi de Joseph au mien), contrôle des effets de couleur, de vitesse et la soirée débute. Et c’est là que la magie opère… Tout se fait en temps réel. Ralentis, accélérés, changements de couleurs, arrêts sur image, flou, etc., etc… On se laisse guider par la musique et on applique nos effets visuels selon le rythme, selon l’atmosphère.
Le terme coup de foudre n’est pas exagéré pour décrire ce que j’ai ressenti ce soir-là vis à vis de cette technique de projection en temps réel. Depuis, j’ai eu maints occasions de performer live lors de différents événements. Joseph Lefèvre quant à lui a fondé les [MixSessions], véritable lieu de rencontres et d’échanges pour les musiciens(DJ) et les artistes vidéos(VJ) duquel sont nés des projets excitants comme pour ne citer que celui-là, les TechnOpéras en collaboration avec l’atelier lyrique de l’Opéra de Montréal.
Le vjing est devenu pour nous une passion. On en raffole. On expérimente sans cesse. On s’est équipé de logiciels, d’un mixeur vidéo. On découvre toujours de nouvelles techniques et le plaisir de jouer live ne s’est jamais érodé, bien au contraire. Quand on connaît la thématique d’une soirée ou d’une performance particulière, on prépare nos visuels à l’avance, que ce soit notre propre matériel: prises de vue ou autres ou des emprunts remixés. Le show peut commencer, on est prêts.
NOTES
Modul8, Vdmx, MotionDive, etc…![]()
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